Conservation

Conservation et mise en valeur sont, à Pointe-à-Callière, deux notions indissociables. Alors que la conservation est axée sur la découverte et la préservation à long terme des biens retrouvés, la mise en valeur exige que vestiges et artefacts soient présentés et expliqués. En ce qui concerne les vestiges archéologiques, le Musée poursuit un triple objectif : pérennité, intégrité et accessibilité. Par conséquent, il faut prolonger la durée du vestige pour les générations futures; préserver sa composition et son aspect matériel d’origine; et finalement, en tenant compte de toutes les précautions de mise, il faut mettre en œuvre les moyens permettant au public de voir le vestige, de l’approcher et de comprendre dans quelle mesure il contribue à la connaissance et à la découverte de l’histoire.

La conservation des collections

Afin d’assurer sa mission essentielle de conservation des collections, le Musée s’est fixé des objectifs d’excellence en matière de conservation préventive et de politiques d’urgence. Pointe-à-Callière applique les normes environnementales optimales (température, humidité relative, éclairage, pureté de l’air) ainsi que les normes muséales pour la manipulation, l’emballage, le transport et l’exposition des objets.

La conservation des vestiges in situ

Ce sont des milliers de mètres carrés de vestiges archéologiques que le Musée conserve et met en valeur in situ. Ils sont principalement constitués de maçonneries de pierres ou de brique, de pavages et de dallages de pierre, de bois, de sols archéologiques horizontaux et verticaux.

À chaque année, un programme d’entretien régulier des vestiges est effectué (dépoussiérage, fixation des pierres ou de briques déstabilisées, nouvelles applications de consolidant).

Dans une perspective de mise en valeur, d’importantes interventions de conservation sont planifiées et réalisées depuis 1992. Le sol sur lequel repose le Musée agissant comme une éponge, l’humidité de la nappe phréatique migre vers la surface, laissant ainsi des dépôts de sels qui font éclater le sol et érodent la base des vestiges. Pour freiner cette érosion, le Musée a mis en œuvre un programme de conservation spécifique.

L’approche de conservation élaborée par le Musée vise des actions respectant l’aspect archéologique et authentique des vestiges. Depuis l’ouverture de Pointe-à-Callière, ces principes et méthodes ont été rigoureusement respectés. Le Musée fait ainsi appel et agit en concertation avec des spécialistes de la conservation, dont ceux du Centre de Conservation du Québec (CCQ) et ceux de l’Institut canadien de conservation (ICC).

Ces dernières années, le plus grand chantier a été sans conteste la restauration complète du cimetière de Ville-Marie, un projet qui s’est étalé sur plus d’un an et qui a demandé l’expertise du personnel du Musée et de professionnels externes. Plus récemment, d’autres éléments ont reçu l’attention des restaurateurs – comme les pilots de bois du Royal Insurance Building.

Les travaux sur le cimetière

Pointe-à-Callière a la responsabilité de protéger les traces les plus anciennes de la fondation de Montréal : les vestiges in situ du petit cimetière catholique que Maisonneuve fit aménager à l’extérieur de l’enceinte du fort de Ville-Marie.

Soumis aux effets de l’érosion du sol, ces vestiges irremplaçables requièrent une attention toute particulière. Après de nombreuses analyses d’experts, Pointe-à-Callière a retenu la méthode du transfert, connue surtout en Europe, pour la sauvegarde de mosaïques et de peintures murales et utilisée avec succès au Musée par le passé. Les archéologues du Musée, assistés de spécialistes, ont consolidé les sols de surface au moyen de résines, pour ensuite, section par section, les prélever, les transférer sur un support rigide et imperméable, et enfin, les remettre en place. Ce complexe et délicat casse-tête fut effectué devant le public qui a eu la chance d’observer les restaurateurs au travail.

En 2001, Pointe-à-Callière a reçu une mention d'excellence de l'American Association for State and Local History (AASLH) pour la qualité des travaux de conservation des vestiges du premier cimetière catholique de Montréal.

La préservation d’un ensemble de pilots – un vestige de l’ancien édifice de la Royal Insurance company

Les vestiges de l'édifice de la Royal Insurance company ont été mis au jour lors de fouilles archéologiques en 1990-1991 et sont désormais présentés à Pointe-à-Callière. Le projet de préservation d’un ensemble de pilots – Un vestige de l’ancien édifice de la Royal Insurance company a exigé une réflexion sur les meilleures méthodes pour relever les défis techniques liés à la conservation et à la mise en valeur des pilots de bois et de l’architecture de l’ancien édifice.

L'édifice de la Royal Insurance company

Bâti en 1861, l'édifice de la Royal Insurance company était le reflet de la splendeur du Montréal de la seconde moitié du 19e siècle et de son rôle de métropole. Près de dix ans après sa construction, la compagnie d’assurance quitte ce bâtiment et le gouvernement canadien acquiert le Royal Insurance Building pour y installer les douanes puisque l’édifice de l’Ancienne-Douane situé sur la place Royale à Montréal, ne suffit plus pour répondre à la demande croissante dans le port de Montréal.

À l’époque de la construction de l'édifice de la Royal Insurance company, une grande partie des fondations de celui-ci reposait sur les murs plus anciens du bâtiment Berthelet et des murs de rives qui bornaient le bâtiment. Aux endroits où il n’y avait pas d’anciens murs et où les nouvelles fondations devaient reposer sur le sol en bas de la ligne de gel, les constructeurs avaient décidé de renforcer les nouvelles fondations en les faisant reposer sur des pilots de bois enfoncés dans les sols. Ces piliers pouvaient mesurer jusqu’à 2,5 mètres de long.

Au fil des ans, les cycles consécutifs d’humidité et d’assèchement et l’activité microbienne dans les sols instables et poreux ont favorisé la dégradation des pilots de bois. Suite à un incendie en 1947, et au constat d’instabilité de la tour, l'édifice de la Royal Insurance company est démoli en 1951. À la fin des années 1980, des fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour les vestiges de l'édifice de la Royal Insurance company.

La préservation et la mise en valeur des pilots

Dans l’esprit de la mission en conservation du Musée, les pilots avaient été conservés lors des fouilles de 1990-91, mais seulement deux de ces pilots étaient exposés dans le Musée. Ceux-ci furent laissés sur place enveloppés avec du jute et traités par application de polyéthylène glycol (PEG). Ce traitement in situ a été réalisé sur une période de deux ans. Puisque les pilots étaient très humides (98% de taux d’humidité) et qu’ils devaient être exposés sans une période de séchage, le défi consistait à faire ce traitement au PEG in situ afin que le PEG remplace l’eau dans le bois permettant ainsi d’éviter la déformation et le fendillement excessif du matériau. Les autres pilots ont subi une période d’assèchement progressif contrôlé sous abri en laboratoire.

Lors du renouvellement de l’exposition permanente en 2003, il a été décidé d’offrir une meilleure compréhension de l’importance des pilots dans l’architecture par la mise en place de plusieurs pilots dans les vestiges du Musée. Les pilots constituent des témoins des méthodes utilisées par les ingénieurs du 19e siècle pour résoudre le problème du sol instable de la pointe à Callière, lieu où se trouvait l'édifice de la Royal Insurance company. La réinsertion de ces éléments architecturaux s’est concrétisée en 2007.

L’équipe a d’abord dû creuser la portion du sous-sol où les pilots devaient s’intégrer, un lieu où toute intervention mécanique s’avérait pratiquement impossible. Elle a également entrepris la conception, sur mesure, des supports ceinturant les pilots mesurant jusqu’à 2,5 mètres de hauteur.  Les supports comportent des tiges de serrage pouvant maintenir les pilots en place tout en évitant de les endommager. Puisqu’ils ont été réalisés en acier inoxydable de type chirurgical, ils ne s’oxydent pas et permettent donc la conservation des pilots. En plus d’être réversibles et polyvalents, ces supports ne sont pas apparents, ce qui permet une mise en valeur des pilots qui est à la fois esthétique et conforme aux normes muséographiques et de conservation.

Cette intervention fut le fruit de trois mois de labeur et a nécessité l’expertise de nombreux acteurs, parmi lesquels le personnel de Pointe-à-Callière, les gens du Centre de conservation du Québec, du Service de la mise en valeur du territoire et du patrimoine de Montréal, du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, ainsi que plusieurs professionnels issus de firmes de design, de transport et d’excavation.

En 2009, Pointe-à-Callière s’est mérité le prix d’Excellence de la catégorie Conservation de l’Association des musées canadiens pour la qualité des travaux réalisés dans le cadre de ce projet.

Plan de monitorage

Depuis leur mise en valeur en 1992, les vestiges situés dans le sous-sol de l’Éperon, dans le collecteur et à la crypte archéologique sont exposés à des conditions climatiques et d’usure bien différentes des conditions qui ont précédé leur mise au jour et leur recouvrement par l’enveloppe muséale. Le site est vivant, c’est un phénomène bien connu du personnel. Les jeux de la nappe phréatique, les variations climatiques souterraines liées aux saisons ou encore aux bris d’infrastructures souterraines dans le voisinage du musée peuvent avoir des incidences sur l’état des vestiges. D’autres facteurs, comme la climatisation et le chauffage à l’intérieur du Musée au niveau du sous-sol, ainsi que la présence des visiteurs (quelques millions depuis l’ouverture du Musée) affectent aussi l’intégrité des vestiges.

Afin de planifier des actions et des dispositions préventives, l’équipe du Musée a mis en œuvre, en 2009, un programme de monitorage qui consiste à collecter de façon systématique et sur le long terme les informations relatives aux vestiges immobiliers et mobiliers qu’il conserve en ses murs. Ce programme sert de référence à la planification des mesures de conservation, aux décisions en matière de politique de conservation, et donne un portrait constant de l’état des vestiges et de leur environnement.

Le besoin de mettre sur pied un tel programme résulte de l’observation de problèmes variés et cumulatifs dans les vestiges, observés ces trois dernières années. Dans la crypte, le pavé ancien de la place du marché se couvre d’une couche humide qui fragilise les sols entre les pierres. À l’Éperon, l’affaissement du niveau du plancher de l'édifice de la Royal Insurance company (dalles de pierre) qui sert de surface pour la circulation des visiteurs et du personnel a été observée en certains endroits, notamment près du cimetière et à la tour. Cette situation fragilise les maçonneries anciennes – des fissures importantes ont été relevées – et éventuellement pourraient avoir un impact sur des éléments contemporains du Musée.

Le programme se compose d’une série de mesures concrètes, dont notamment, l’installation d’un plus grand nombre de thermohygrographes en des endroits stratégiques du site au niveau des vestiges (crypte, collecteur, Éperon) ainsi que des relevés 3D détaillés des vestiges et en particulier des anomalies observées sur certains d’entre eux. Ces relevés permettent de suivre l’évolution ou la stabilisation des anomalies et de déceler la présence de nouvelles anomalies.

Ce projet vise à améliorer et à standardiser le processus de suivi des éléments patrimoniaux mis en valeur dans l’exposition permanente du Musée au niveau des vestiges. Il semblait opportun de mettre de l’avant ce programme qui assurera la pérennité des vestiges et une meilleure connaissance des conditions qui en permettent la sauvegarde et l’intégrité du site pour les générations d’aujourd’hui et de demain.

Un prix prestigieux en conservation

En 2007, l’Archaeological Institute of America (AIA) a remis son Conservation and Heritage Management Award (prix d’excellence pour la Conservation de sites et de collections archéologiques) à Pointe-à-Callière, musée d’archéologie et d’histoire de Montréal.

Ce prestigieux prix a été décerné en reconnaissance des réalisations accomplies dans le domaine de la conservation et de la gestion d’un site historique national et archéologique, ainsi que des activités de rayonnement auprès du public en vue de le sensibiliser aux questions d’archéologie et de conservation.

Notons que l’Archaeological Institute of America est la plus vieille et la plus importante organisation œuvrant en archéologie en Amérique du Nord. Fondée en 1879, l’AIA compte plus de 8 000 membres aux États-Unis, au Canada et dans le monde. Le Conservation and Heritage Management Award est remis chaque année à une personne ou une institution qui s’est démarquée pour sa gestion exceptionnelle en conservation et en éducation. Parmi les institutions ayant obtenu ce prix par le passé, notons le Museum of London (2001), la Washington State University (2006), l’University of London (1998) et les Services d’Archéologie Subaquatique – Agence Parcs Canada (2005).